La prononciation, c’est important ?

La prononciation, c’est la manière dont les sons du langage sont articulés. Dans le cadre de l’apprentissage d’une langue étrangère, cela peut être un exercice ludique et agréable, mais aussi compliqué et souvent redouté !  Alors, arriver à reproduire fidèlement les sons d’une langue, c’est important ?

Une anecdote

Lors de ma première visite au Royaume-Uni en vacances dans le Dorset, nous cherchions le camping de Wareham.  A l’époque, c’était mon père qui essayait de communiquer en demandant aux passants « où est le camping de « Wa-ré-am » ? » mais personne ne le comprenait ! Après avoir tourné en rond pendant de longues minutes, mon père a décidé de montrer l’endroit sur la carte. Un passant s’est exclamé : « Ah! Le camping de « Wèh-roum », c’est par là ! » Je n’ai jamais oublié cette anecdote : mal prononcer un mot peut en effet empêcher de se faire comprendre, avec toutes les conséquences que cela implique.

Alors oui, la prononciation c’est important ! Quelques exemples : en espagnol, si on prononce mal la consonne « r », on peut dire « mais » (pero) au lieu de dire « chien » (perro) !! Et en anglais, si on prononce mal le son [ i ], on parlera d’un navire (ship), plutôt que d’un mouton (sheep). D’ailleurs en français, prononcer un « ou » comme un « u » peut aussi nous jouer des tours, si l’on parle de « beaucoup » par exemple !

La phonétique

Donc, c’est important, mais comment s’y prendre ? Tout d’abord, il peut être utile de se familiariser avec l’alphabet phonétique, qui permet de différencier les sons, comme ici ceux du français :

En espagnol, ce sont surtout les consonnes qui sont difficiles à prononcer pour des francophones, comme le fameux « erre » qui se prononce en roulant la langue contre les dents du haut (et pas dans la gorge, comme en français) ou la « zeta » qui se prononce comme le « th » anglais, en plaçant la langue à plat contre les dents du haut. En anglais, ce sont plutôt les voyelles qui nous donnent du fil à retordre ! Surtout parce que les mêmes groupes de lettres (ou graphies) ne se prononcent pas de la même façon selon le mot. Par exemple : dans « enough », la graphie « ough » se prononce /ʌf /, alors que dans « although », ça se prononce //. De même, la graphie « ow » se prononce /əʊ/ comme dans « low », mais se prononcera /aʊ/ dans les mots « power », « flower » ou « tower ».

Ensuite, ce qui peut surprendre aussi les francophones, c’est l’accent tonique, qui permet de mettre en relief certaines syllabes. En français, on met toujours l’accent sur la dernière syllabe. Par contre, en espagnol, certains mots sont accentués sur l’avant-dernière syllabe comme « amigo » ou « puente », ou même sur l’avant-avant-dernière syllabe, comme dans « jaro » ou « magnífico » (d’où la présence d’un accent écrit sur les voyelles). En anglais, on observe le même phénomène, même s’il n’y a pas d’accent écrit. Par exemple « strawberry » se prononcera /ˈstrɔːb(ə)ri/ avec l’accent sur le « aw » et « comfortable » se prononcera /ˈkʌmftəb(ə)l/, avec l’accent sur le « om ».

Comment s’entraîner

Je suis d’accord que la phonétique par écrit, ce n’est pas idéal ! Alors, comment faire pour s’entraîner ? Vous avez peut-être déjà utilisé des laboratoires de langues pour bien écouter et répéter correctement ? Aujourd’hui, grâce à Internet il y a pleins de solutions gratuites : on peut écouter la prononciation des mots , par exemple  « power » sur le site du Cambridge Dictionary et « pájaro » sur le site Forvo . Pour ceux qui le souhaitent, je recommande aussi l’introduction aux sons de la langue anglaise du site BBC Learning English, qui est très complet. Vous trouverez aussi des vidéos avec scripts sur leur chaîne Youtube. Et pour voir des vidéos en espagnol, il y a par exemple la chaîne d’ El PaísSinon, pour exercer son oreille, regarder un film en VO (de préférence sous-titré dans la langue d’origine) est un très bon exercice. Pensez-y !

Les accents régionaux

Enfin, avant de terminer je ne voudrais pas oublier de parler d’un autre accent, celui défini comme l’ « ensemble de traits articulatoires (prononciation, intonation, etc.), propres aux membres d’une communauté linguistique (pays, région), d’un groupe ou d’un milieu social. » Ce sujet pourrait faire à lui seul l’objet d’un autre article, mais pour conclure, il faut reconnaître que les accents régionaux font partie de la langue d’un pays, qu’on le veuille ou non. Le sketch du comédien britannique Michael Mcintyre décrit avec humour quelques-uns des accents de l’anglais parlé dans le monde ! Le journal El País quant à lui a publié un jeu en ligne pour faire découvrir Los acentos del español. Même si souvent ces accents représentent une barrière à la compréhension pour un apprenant, il est possible de s’y habituer ! On peut aussi les apprendre naturellement, en fonction de son lieu d’habitation (en Ecosse ou Andalousie, par exemple).

Sans complexe

Mais surtout, restons positif ! Il est bien sûr possible de parler couramment une langue, tout en gardant un accent ! Plus ou moins prononcé, c’est ce qui va « trahir » votre pays d’origine. Mais ce qui compte, c’est de se faire comprendre. Emmanuel Macron parle sans traducteur à la BBC ou sur CNN par exemple, mais il ne peut pas cacher son origine. Cependant, qu’il soit authentique ou forcé, un accent peut devenir un atout ! C’est le cas d’Arsène Wenger , l’entraîneur mythique d’Arsenal, pour qui l’accent français est devenu une marque de fabrique. L’acteur espagnol Antonio Banderas qui a fait carrière aux Etats-Unis, a su lui aussi utiliser son accent à son avantage. En conclusion, que l’on ait un accent ou pas, ce qui compte c’est de s’exprimer sans complexe comme ce journaliste français s’adressant au président des Etats-Unis : Dear Donald Trump, don’t mess with French wine!

Whatever you do, keep speaking!

No importa lo que hagas, ¡siga hablando!

Ne plus traduire !

Le titre peut surprendre. Après tout, quand on apprend une langue, on commence toujours par apprendre du vocabulaire et sa traduction dans la langue d’origine, non ?

Traduire, ça fatigue

C’est vrai que cette étape est nécessaire en début d’apprentissage, mais dès que possible il est important d’apprendre les mots étrangers dans leur contexte, sans essayer de les traduire dans notre langue maternelle. En effet, la traduction est une compétence spécifique (même si aujourd’hui avec les sites de traduction automatisés cette compétence est fortement dévaluée) qui est certes très utile, mais pas quand vous apprenez une autre langue ! Continuer de vouloir traduire chaque mot dans votre langue maternelle ne fera que fatiguer votre cerveau et ralentir votre communication.

Comme à la piscine

J’observe une réticence chez mes étudiants quand je les encourage à ne plus traduire. J’utilise l’image d’une piscine : imaginez que vous souhaitiez apprendre à nager, mais malgré tous les encouragements de votre moniteur, vous vous agrippiez au rebord en refusant de lâcher ! L’objectif pourtant est bien de lâcher pour essayer de comprendre les mots étrangers dans leurs contexte, au risque de ne pas toujours avoir l’exact équivalent dans votre langue maternelle.

Apprendre directement

Quand j’ai commencé à le faire, ça a vraiment accéléré ma capacité à comprendre l’anglais et aussi à m’exprimer correctement ! Je me souviens d’avoir entendu le prétérit du verbe « to fly » pour la première fois dans le film « Chicken Run » quelques semaines après mon arrivée en Angleterre, ou encore l’expression « not yet » dans le film « Gladiator ». Et ça ne s’est pas arrêté là. Grâce à mes lectures, à la radio, à la télévision j’ai appris de nombreuses expressions directement en anglais (et en espagnol), sans avoir à les traduire mentalement en français. Cela m’a aussi permis de lire en langue étrangère sans avoir recours au dictionnaire tous les 10 mots. Parce qu’en fait, dans la vie de tous les jours on n’a pas nécessairement besoin de comprendre tous les mots. Sauf évidemment pour les situations où un contresens pourrait avoir de graves conséquences, comme à un entretien d’embauche ou au moment de signer un contrat et dans ce cas, il ne faut pas hésiter à poser des questions ou encore demander de l’aider à un natif.

Problèmes de traduction

Pourtant il y a des mots pour lesquels je connais la traduction exacte et je recommande de le faire en particulier pour les « faux amis », ces mots qui ressemblent beaucoup aux mots français mais n’ont pas du tout le même sens. Par exemple, j’aime bien me souvenir que le verbe « to propose » (tout seul) veut dire « faire sa demande en mariage », donc j’évite de l’utiliser dans le sens de « proposer quelque chose ». Et puis, il y a des mots difficiles à traduire en français : par exemple « feature », « accountability » ou encore « serendipity ». Quel avantage de pouvoir les comprendre sans passer par le français ! Après tout, c’est aussi cela l’intérêt d’une langue étrangère : cela permet d’apprendre de nouveaux concepts ou une nouvelle façon de décrire la réalité, c’est très enrichissant (même si ça peut être déroutant, voire frustrant parfois…).

Un bon dictionnaire

Donc, dans cette optique pourquoi ne pas remplacer le dictionnaire bilingue par un dictionnaire monolingue pour s’entraîner à comprendre les définitions de chaque mot dans la langue étrangère ? On peut aussi trouver des définitions simplifiées pour commencer, comme ci-dessous. Il existe aussi l’application « Le mot du jour » (Word of the Day, Palabra del día) qui vous propose un mot et sa définition au quotidien. C’est un bon entraînement !

Aujourd’hui, je comprends environ 98% de l’anglais et de l’espagnol mais je ne m’inquiète plus des 2% qui restent, parce que grâce à eux, je sais que je vais continuer à apprendre…

Keep learning! ¡Sigue aprendiendo!

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