La grammaire, est-ce-bien nécessaire ?

On me demande parfois (avec une légère inquiétude !) si je propose de la grammaire dans mes cours. En effet, si comme moi vous avez été éduqué(e) en France, vous avez peut-être des souvenirs d’analyses de phrases interminables, sans vraiment d’intérêt. Pour apprendre une langue étrangère, ce qui est important c’est surtout le vocabulaire, non ?

Apprendre comment se disent tels et tels mots, sans savoir comment les assembler et construire une phrase, cela limitera votre communication à : « bread, please » ou « vino, por favor » au restaurant par exemple. Parler ainsi quand on est un touriste, c’est acceptable. Mais si vous avez besoin de vendre à un client ou de commander chez un fournisseur étranger ? Dès que vous devrez séjourner en dehors de l’Hexagone, il faudra tôt ou tard apprendre à dire plutôt « Could I have some bread please? » ou encore « ¿podría darme este vino por favor?« 

© Philippe Geluck

La grammaire c’est d’abord « des règles à suivre pour parler et écrire correctement« . Il peut donc y avoir comme en français une différence entre ce que l’on devrait dire et ce qui se dit couramment. Mais à quoi servent de telles règles si on arrive à s’exprimer et à se faire comprendre parfois sans les appliquer ? Pour citer Aristote : « qui peut le plus, peut le moins ». Par exemple, tous les francophones comprennent l’expression « ch’sé pas » comme « je ne sais pas », base de notre compréhension commune. Ainsi, quand vous apprenez une langue étrangère, il faut d’abord apprendre la formule la plus correcte. Ensuite vous pourrez apprendre les variantes qui vous aideront dans la vie courante.

Par conséquent, la grammaire, c’est aussi « l’ensemble des structures linguistiques propres à telle ou telle langue, la description de ces structures et du fonctionnement de cette langue. » Et quand on apprend une langue étrangère, elle permet de bien comprendre et utiliser :

  • L’ordre des mots dans la phrase : par exemple « he’s a deeply loving human being » (sucession d’adjectifs) est différent de « he’s loving deeply a human being » (sujet, verbe, complément). De plus, les mots en anglais se trouvent souvent dans l’ordre inverse du français. Par exemple, « That’s Peter’s big blue ball », se traduit par « c’est le grand ballon bleu de Pierre. »
  • La fonction des mots dans une phrase. Par exemple, dans « Julie’s children are nice », le ‘s indique la possession, alors que dans la phrase « Julie’s nice with her children », c’est le verbe être. En fait, même l’apostrophe peut faire toute la différence en anglais, quand on écrit « the milk is in its container » (possessif neutre) plutôt que « it’s the milk container » ! (traduction de « c’est »)
  • L‘orthographe des mots. Par exemple, si vous dites en espagnol : « le dejo » c’est très différent de « le dejó ». Dans le premier cas, la personne est en train de quitter quelqu’un, dans le second, le même fait est raconté par une tierce personne. Ou encore, si vous dites « Es blanca esta perra », esta est un adjectif démonstratif. Dans « la perra está despierta », c’est le verbe être. Enfin dans « ésta es mi perra, » c’est un pronom démonstratif !

Alors, si la grammaire est bien nécessaire, voici quelques conseils pour en tirer profit au maximum :

  • Revoir le « jargon » pour différencier un nom d’un verbe, un adjectif d’un adverbe, une préposition d’un adjectif possessif etc…
  • Si possible, apprendre des règles expliquées dans la langue étrangère et pas par des francophones. C’est souvent plus clair, plus précis et plus exhaustif !
  • Pour les conjugaisons, toujours revenir à l’infinitif du verbe (sa forme non conjuguée) et connaître son groupe.
  • Comprendre la valeur de chaque temps pour savoir quand utiliser les utiliser.
  • Apprendre des formules par cœur quand c’est différent du français. Par exemple : when he comes ou I wish I were here ou encore cómo si fuera, para que viniera et cuando venga pour l’emploi du subjonctif.
  • Etablir son propre système d’apprentissage, qui a du sens et permet aussi de s’amuser tout en apprenant ! C’est fondamental pour continuer à progresser.
  • Enfin, ne pas oublier de mettre en pratique les règles que l’on apprend. Par des exercices, mais ensuite en expression libre. Imaginer un dialogue ou écrire un mail par exemple. Juste quelques phrases suffisent.

Pour conclure, apprendre une langue étrangère se réduit-il alors à connaître des règles de grammaire ?! Non bien sûr ! Pour parler, il faut aussi savoir utiliser un mot à bon escient et le prononcer correctement. Ensuite il y a les expressions idiomatiques, le ton et l’humour… On n’a jamais fini ! Et doit-on apprendre toutes les règles grammaticales pour bien parler une langue ? Encore non ! Les nourrissons apprennent bien par imitation, sans pour autant connaître de règle ! Le français est ma langue maternelle, mais je ne connais pas toutes les règles grammaticales. Mais, grâce à mon éducation scolaire, j’ai appris à les comprendre et à les utiliser pour mieux communiquer.

Dans l’apprentissage d’une langue étrangère, c’est le processus inverse : la grammaire est un fondement et un cadre sur lequel on peut s’appuyer pour progresser. Peu à peu, les règles sont intériorisées pour arriver à parler couramment. Comme le dit si bien Stephen King (ci-dessous) : « La grammaire n’est pas juste une emmerdeuse, c’est une cane que l’on attrape pour mettre ses pensées sur pied et les faire marcher. » (traduction personnelle !)

Et l’humour dans tout ça ?

Le comique universel existe, comme Charlot ou Mr Bean pour ne citer qu’eux, mais il est vrai que l’humour est probablement ce qu’il a de plus difficile à comprendre dans une langue étrangère.

Pas facile à comprendre

Je me souviens de ma frustration à Madrid quand mes amis espagnols me racontaient une blague : je comprenais tous les mots sauf la chute, qui souvent contient des jeux de mots ou les fameuses expressions idiomatiques ! Et j’ai eu aussi des déboires avec mes amis anglais : combien de fois j’ai pris la mouche sans  comprendre leur fameux humour « pince sans rire » ! C’est vrai qu’en tant qu’apprenant, comprendre l’ironie ou encore le sarcasme en langue étrangère peut s’apparenter à un cauchemar, surtout en début d’apprentissage ! Je peux aussi comprends que l’on cherche à éviter à tout prix les malentendus et le ridicule, voire la honte qu’ils peuvent procurer.  Pourtant il faut avouer que ces sentiments inconfortables font malheureusement partie de l’apprentissage. En effet, apprendre une autre langue demande de la patience et de l’humilité, mais aussi… justement une bonne dose d’humour pour ne pas se décourager et abandonner trop vite !

Mais ça en vaut la peine

En fait, comprendre un comédien étranger et saisir son sens de l’humour a plusieurs avantages : tout d’abord au niveau purement linguistique : cela vous oblige à comprendre non seulement le vocabulaire, mais aussi les subtilités du langage comme l’intonation, les accents, les jeux de mots et autres contresens… c’est une vraie mine d’or et un très bon outil pour progresser !!!!

De plus, c’est souvent par les natifs que l’on découvre tel ou tel talent, donc tout de suite c’est une porte ouverte sur la culture du pays. Cela nous permet en effet de comprendre de qui le ou les humoriste(s) se moque(nt) (d’un accent, d’une région particulière ou d’un certain groupe dans la société ou alors de la nation toute entière !) et ce qui fait rire : une imitation, un déguisement, une parodie ou des jeux gestuels…

Personnellement j’ai remarqué que quand j’ai (enfin) réussi à comprendre l’humour espagnol d’abord, puis l’humour anglais, cela m’a procuré une grande satisfaction, mais aussi l’impression d’être mieux intégrée, de « faire partie de la bande » et de ne plus être autant étrangère. Bien sûr, c’était particulier pour moi puisque j’avais fait le choix d’abord de vivre à Madrid, puis d’épouser un britannique et de m’installer à Swindon. Mais je suis convaincue que pour tout apprenant, comprendre la culture d’un pays en plus de sa langue ne peut être que bénéfique et un vrai enrichissement !!!

Regarder des vidéos

C’est pourquoi je vous encourage à regarder des comiques étrangers et à essayer de les comprendre. Aujourd’hui, avec Youtube notamment, c’est très simple et on peut même rajouter des sous-titres ! A ce sujet, juste quelques conseils : attention aux « sous-titres générés automatiquement » qui peuvent devenir confus si la personne parle vite ou avec un fort accent (ce qui peut arriver dans un sketch !). Dans ce cas, il vaudra mieux interrompre la vidéo et la ré-écouter plusieurs fois. Pour certains sketchs devenus « classiques », il est parfois possible de trouver le script sur internet, ce qui vous permettra de le lire en même temps que la vidéo. L’idéal, c’est aussi de pouvoir demander de l’aide à un natif, qui saura mieux que personne vous expliquer le contexte, les jeux de mots, les références culturelles etc. Mais si ce n’est pas possible, encore une fois pour les sketchs connus, on pourra trouver des analyses (en langue étrangère) sur la toile.

Justement, j’ai posté des vidéos sur ma page Facebook de comédiens anglais et espagnols : allez vite les découvrir pour vous entraîner !

Sans oublier la radio

Je ne voudrais pas terminer sans évoquer la comédie radiophonique, que je connais et apprécie surtout en anglais. Mon mari est un vrai fan et il m’a fait découvrir entre autres le talent de John Finnemore, Benedict Cumberbatch, Stephanie Cole et Roger Allam dans la série « Cabin Pressure » que vous pouvez écouter sur le site de la BBC. Cela demande encore plus de concentration que les vidéos et vous aurez sans doute besoin (comme moi) de plusieurs écoutes pour tout comprendre, mais croyez-moi, ça en vaut la chandelle !!!

Bons éclats de rire et à bientôt !

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